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 | Musique instrumentale et Mélodies Modernes ; les musiques de films | |
| En guise de prologue |  |  |
Photo @ HENRIK WEIS / Getty Images |
L’écriture des Mélodies Modernes est simple et très conventionnelle, avec la mélodie et l’harmonie. Elle se veut pourtant originale : la ligne mélodique se dégage en permanence sur un accompagnement, à la base, formé par un quintette à cordes (1er violon, 2nd violon, alto, violoncelle et contrebasse). La chaleur et la rigueur des cordes en fond sonore. Puis se rajoutent les solistes, violon, flûte traversière, hautbois, accordéon chromatique mais aussi guitare classique, trompette, violoncelle, alto, orgue et même en sifflant ; tout est bon pour faire rimer mélodie avec énergie. Mélodie et harmonie, voilà donc réunies les deux composantes essentielles des Mélodies Modernes.
Les thèmes sont tous composés sans justification particulière ; la naissance d’une création, dans tout domaine qui soit, relève, et c’est le cas présentement, du mystère de l’alchimie cérébrale et non du calcul forcé et préparé : en plein milieu de la nuit, un début de thème noté en demi-sommeil sur une feuille qui traîne et c’est déjà presque réglé comme sur du papier à musique ! La pensée maîtrisée intervient par la suite, au moment de l’emballage ; mettre la mélodie en valeur, sans excès de zèle ni marginalisation radicale, valoriser sans étouffer, c’est le rôle de l’harmonisation, dans toute sa splendeur. Il suffit d’écouter les Maîtres pour comprendre ce que peuvent être la beauté et la grandeur de l’art musical poussés à l’extrême, qualités dignes, pour une fois, des capacités spécifiques à l’homme. J’en veux pour preuve la Chaconne de Bach jouée par Menuhin le précurseur, un Lionel Hampton déchaîné avec ses golden boys ou bien encore le London Symphonic orchestra interprétant du John Williams… |
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ZASTRZEBSKI - FOTOLIA |
La musique classique est née dans le berceau musical de l’humanité et les influences sont si nombreuses que l’on ne sait même plus différencier une véritable création d’une re-création. Jacques Loussier a revisité Bach qui lui-même avait carrément recopié Vivaldi qui lui même… Ainsi de suite jusqu’à l’origine des temps. Cataloguer une mélodie dans un genre particulier et la laisser (délaisser) à son unique sort relève donc d’une totale ignorance de sa seule raison d’être : perdurer !
Loin d’exagérer l’importance de la création originale dans son intégralité, il faut reconnaître que la mélodie va souvent de pair avec l’orchestration. L’interaction entre toutes les composantes d’un arrangement musical crée une œuvre complète aux éléments indissociables, si l’on souhaite respecter l’esprit de la création et du compositeur. Reste l’interprétation : libre à chacun de faire vivre la mélodie dans la mesure de ses moyens.
Un exemple ? Suivez le parcours extraordinaire d'une mélodie traditionnelle irlandaise devenue un tube mondial, la célèbre chanson Stewball, cliquez ici (infos La médiathèque de la communauté française de Belgique) |
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Joseph CONFORTI - FOTOLIA |
La musique de films ne déroge pas à la règle ; le talentueux François De Roubaix avait expérimenté et innové avec bonheur en introduisant des instruments peu ou pas usités dans la composition d’œuvres pour le cinéma. Ennio Morricone, Elmer Bernstein, Bill Conti, Jerry Goldsmith, Lalo Schifrin, Henry Mancini, John Barry et bien sûr Michel Legrand, Vladimir Cosma, Jean-Claude Petit, Georges Delerue, tant d’autres compositeurs de génie, mais encore les Dimitri Tiomkin, Alex North, Michel Emer, Georges Van Parys ou le pianiste jonglant avec ses extraits d’oeuvres et ses fausses improvisations devant l’écran, ont donnés à cet art musical du 20ème siècle toutes leurs notes de noblesse. Et ce n’est pas fini. La nouvelle génération pousse et entend bien occuper à son tour le terrain. Ces jeunes compositeurs débutants ou leurs aînés en vieux routiers font de la musique de film un art majeur (n’en déplaise à certains puristes mal pensants et inintéressants).
Car la musique de film réunit toutes les possibilités d’expression musicale existantes et à créer. L’un des derniers sommets terrestres avant que les sons ne se perdent dans l’immensité galactique. Et pour ceux qui n’ont pu œuvrer pour la grande cause, la variété instrumentale permet de combler certaines frustrations, le minutage et les images en moins, la liberté en plus. Quoique c’est parfois dans la contrainte que l’on se découvre ses plus grandes capacités créatrices. Poussé dans ses retranchements, le compositeur de la musique du film révèle alors tout son talent au delà même de ses espérances, à la grande satisfaction du réalisateur... et du public !
Quant à la musique de genre, la variété instrumentale, elle est tombée dans l’oubli : elle fait les frais du nivellement mondial par le bas de la culture dite de masse. Les Mélodies Modernes sont un défi à la mode actuelle !
Pour en savoir plus sur les compositeurs de musiques de films et leurs créations, parcourez les pages suivantes ! |
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AVERTISSEMENT. Le plus grand soin est apporté aux rubriques suivantes mais les informations sont néanmoins données sous toutes réserves, nul n'est à l'abri d'une omission, d'une erreur ou d'une faute d’inattention et je vous prie par avance de m'en excuser. Les appréciations et les opinions personnelles sont faites pour être délivrées mais restent ouvertes au débat contradictoire alors n'hésitez pas, si vous souhaitez faire part de vos impressions, à vous rendre page « Pour en savoir + sur le compositeur » puis utilisez le cadre prévu à cet effet. Bonne lecture ! |
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Henry MANCINI, compositeur |
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GLENN FORD dans la série télé TV SAM CADE |
Né en 1924 à Cleveland, décédé en 1994, Henry Mancini devint pianiste et arrangeur après son service militaire. Grâce à de sérieuses études musicales notamment à la Julliard School, il entra à Hollywood par la petite porte. Assistant dans les arrangements de Glenn Miller story et The Benny Goodman story, c’est avec Blake Edwards que sa carrière débuta vraiment. La collaboration avec ce réalisateur exigeant et talentueux amena Henry Mancini à trouver des mélodies, des arrangements et des sonorités jusqu’alors inconnus dans le cinéma. En effet, ses changements de tonalités aussi riches que soudains lui permettent la reproduction à l’infini d’une mélodie somptueuse qui reste gravée dans les mémoires de cinéphiles, jugez plutôt : « Diamants sur Canapé, Breakfast at Tiffany's » - Oscar en 1961 pour la chanson « Moon River », le thème principal du générique de « Columbo » et plusieurs musiques d'accompagnement des épisodes, « Le jour du vin et des roses - Days of wine and roses », Oscar en 1962 de la meilleure chanson), « Charade », « La grande course autour du monde », « Arabesque », « Hatari ! » avec la célèbre marche de l'éléphanteau, jouée par tous les orchestres d'harmonie et les fanfares du monde, « Voyage à deux », « Peter Gunn détective privé », « Victor/Victoria », « Le gang de Molly Maguires » (avec un autre thème superbe joué à la flûte irlandaise, l’action se déroule en Irlande), « L’Or noir de l’Oklahoma », « La kermesse des aigles » (très bon film avec Robert Redford), plusieurs génériques de séries T.V. dont « Columbo » et « Sam Cade » et le film « Transamerica Express - Silver Streak » une magnifique musique et un fameux deuxième thème romantique qui suit…), est-ce bien la peine de continuer ? Henry Mancini, jusqu’à la fin des temps, restera dans les esprits comme un compositeur et orchestrateur génial.
Pour tout savoir sur la série télé Sam Cade, cliquez ici (infos Le magazine des séries, en français) |
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| Comédie |  |  |
Jaquette des DVDs |
LA PARTY/The Party, film de Blake Edwards de 1968 avec Peters Sellers, musique de Henry Mancini.
Un monument du film comique où le burlesque règne en maître. Le jeu d’acteur de Peters Sellers fît des émules : Mike Myers (les Austin Powers), les Monty Python et certainement tous les grands comiques de la planète connaissent les déboires de Bakshi alias Peter Sellers dans ce qui restera comme le film de référence du genre. Premier film du comédien à Hollywood, il collabora ensuite avec Blake Edwards avec bonheur et réussite dans la saga « La Panthère rose » avec son générique devenu dessin animé célèbre et son thème musical inoubliable joué au saxophone (composition d'Henry Mancini), sans oublier le sitar voir ci-dessous, instrument de choix pour l'ami Bakshi ! Dans le film « La Party », on utilisa pour la première fois la vidéo afin d’assister le réalisateur. La chanson du film « Nothing to Lose - Rien à perdre » est une superbe mélodie comme seul notre musicien sait en écrire. Il est regrettable que la version entendue dans le film et interprétée par l'actrice Claudine Longet ne soit pas disponible, c'est de loin la meilleure avec son cachet si suave !
Distribution du film chez MGM. Pour en savoir + : http://www.mgm.com
Le CD du film est disponible chez RCA Victor Gold Series. Distributeur BMG France (livret en français, commentaires de Stéphane Lerouge).
Site officiel de Peter Sellers, cliquez ici (en anglais)
La Party un film culte : photos et commentaires du film, cliquez ici (info filmculte, en français)
Les paroles de la chanson Nothing to lose :cliquez ici
Le film « Moi, Peters Sellers » de Stephen Hopkins (2004) avec Geoffrey Rush et Charlize Theron raconte la vie de l'acteur britannique |
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J’ai vu Ravi Shankar en concert. Le moins que l’on puisse dire c’est que les sons, la musique et la construction mélodique, harmonique et rythmique surprennent par leur complexité. Ce qui n’a pas fait perdre le sens des réalités à son plus grand interprète. En effet, en plein milieu d’un concert, le Maître en pleine fougue a cassé une corde. C’est la bête noire des instrumentistes à cordes : devoir s’arrêter en pleine inspiration pour un incident matériel de la plus haute importance, une situation horrible, infernale, insupportable même dans les pires cauchemars. Pourtant notre ami changea sa corde, tranquillement, pendant qu’il continuait à jouer sur les autres cordes du sitar. Méticuleusement, il accorda sa nouvelle corde en intégrant les sons peu flatteurs dans son programme. Je pense qu’une partie du public ne s’est rendu compte de rien. Chapeau l’artiste, mais tout de même, je me demande si j’oserais le faire sur mon violon en plein milieu de la Chacone de Bach…
Pour en savoir + sur le sitar : infos Wikipedia
Pour en savoir + sur Ravi Shankar : infos L'intern@ute musique |
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| Poursuite |  |  |
Jaquettes des CDs |
TRANSAMERICA EXPRESS/Silver Streak, film d’Arthur Hiller de 1976 avec Gene Wilder, musique de Henry Mancini.
Dans cette comédie ressemblant aux meilleurs films du maître Hitchcock, on entendra deux thèmes magnifiques, l’un, leitmotiv, qui souligne les images du train et l’autre, l’amour entre deux êtres que les déboires ont rapprochés. La rythmique saccadée des instruments accompagnateurs sous un thème paradoxalement tranquille est spécifique au mouvement du train, un effet musical très employé au cinéma depuis « L'arrivée du train en gare de la Ciotat » des frères Lumière, « L'express du colonel Von Ryan », « Le train » (avec Burt Lancaster), « Les quatre fils de Katie Elder » (avec John Wayne, musique d'Elmer Bernstein), « L'Empereur du nord » (extraordinaire film avec Lee Marvin, Keith Carradine et Ernest Borgnine, musique de Franck De Vol voir ici dont on attend toujours la sortie en DVD version française), le départ du train de Yonkers dans « Hello, Dolly ! » et « Runaway train » pour donner quelques exemples, tous ces films utilisent cette technique musicale qui reste valable pour soutenir le déplacement d'un cheval « Cent dollars pour un shérif », la série anglaise TV « Black Beauty/Prince Noir », « le Gentleman d'Epson » ou d'une voiture « Quand les parachutistes arrivent » et d'un convoi « La grande évasion » ( deux films dont la musique est signée Elmer Bernstein ), le défilé d'une troupe « Le pont de la rivière Kwaï », un bateau « L'aventure du Poséïdon » et un hélicoptère « La Tour infernale », deux excellentes musiques de John Williams, d'un carosse « La Folie des grandeurs » ( musique de Michel Polnareff), d'une fusée ( Les James Bond), d'un marcheur désabusé « Macadam cowboy » ( musiques de John Barry ) etc. Pour revenir au « Transamerica Express », il s'agit d'un long métrage très bien filmé, réalisé, interprété et doublé de façon admirable en français. À voir et à revoir trente ans après sa création pour s’apercevoir qu’il n’a pas pris une ride. Une belle leçon de talents conjugués et de modernité éternelle ! Distribution Fox France. Pour en savoir + : http://www.foxfrance.com |
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André PREVIN, compositeur |
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| Comédie musicale |  |
Jaquette du CD |  |
IRMA LA DOUCE, musique de André Previn, bande originale du film de Billy Wilder, 1963, avec Jack Lemmon et Shirley Mac Laine. MGM Soundtrack of A United Artists Film. RYKODISC. CD.
André Previn est né à Berlin en 1929. Il étudiera la musique aux États-Unis après avoir quitté l'Allemagne nazie en 1939. Il entrera dans les services musicaux de la M.G.M. avant de fêter ses vingt ans au moment même ou Miklos Rozsa (voir ci-dessous) sera nommé à la tête de l'institution. On doit à André Previn quelques unes des plus belles partitions, en tant que compositeur, arrangeur ou superviseur musical des plus grandes comédies musicales américaines, jugez plutôt : « Kismet » (réalisateur, Vincente Minneli), « My Fair Lady », « Gigi », « Porgy and Bess », « Kiss me Kate » (George Sidney), « Kiss me Stupid » (Billy Wilder), Invitation à la danse »... Mais aussi des films plus dramatiques qui auront marqués leur époque : « Un homme est passé », « Elmer Gantry le charlatan », « Les quatre cavaliers de l'Apocalypse » (le chef d'oeuvre de Minelli qui voulait au départ recruter Alain Delon - ce sera Glenn Ford - : à quand la version DVD française ?)... Et « Millie », en collaboration avec Elmer Bernstein, sans oublier de mémorables westerns tel « La première balle tue » en 1956 dans lequel Glenn Ford joue un anti-héros ou les éternelles comédies telle « La grande combine/The fortune cookie » de Billy Wilder en 1966 avec l'Oscar remis à Walter Matthau pour le meilleur rôle masculin de l'année (pour son premier duo avec Jack Lemmon). Nommé chef d'orchestre en titre du London Symphonic Orchestra, André Previn consacrera beaucoup de son temps et de son énergie à la direction d'orchestre, activité qu'il affectionnera tout au long de sa brillante carrière. Ce qui ne l'empêchera pas d'exprimer son talent dans la composition et l'éciture de chansons pour Broadway, notamment pour « Coco », comédie musicale créée par Katharine Hepburn sur la vie de Coco Channel. |
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Albo - FOTOLIA |  | Le film Irma la douce est à revoir (il existe en DVD version française) et le CD de la musique du film est génial, parce qu'il faut en avoir, des capacités, pour recréer l'ambiance du Paris d'autrefois, avec ses Halles et sa rue Casanova fréquentée par « les poules » (il s'agit en fait de Pigalle)... Nul doute que le scénario du film, qui provient d'une comédie musicale française de boulevard au succès phénoménal (musique composée par Marguerite Monnot, spectacle récemment remis en scène par Jérôme Savary), aura été revu et corrigé par la censure américaine ; en effet, comme le rapporte dans un ouvrage ancien le spécialiste et critique musical français Alain Lacombe, il n'était pas question de réaliser un film dans les années de l'après-guerre jusqu'à la fin des sixties sans le label de l'Association des producteurs (américains) de films, les finances n'auraient pas suivi ! Une censure qui s'était déjà manifestée pour « Gigi »,, vous pensez bien, encore une histoire de péripatéticienne, d'un mari volage qui tromperait bien son épouse, bref, de bien banales histoires de maîtresses et de relations humaines racontées à l'époque sans pudeur ni retenue en Europe mais qui contrastaient trop avec le côté sans profondeur ni relief de certains films idéalistes hollywoodiens marqués par une certaine forme de puritanisme très anglo-saxon. Hormis la différence de traitement d'un film pour de simples raisons liées à nos différences culturelles d'un continent à l'autre, tout s'arrangera pour faire de ce film, apprécié tel quel sans a priori, avec ses mélodies superbes et ses orchestrations très riches (avec l'incontournable accordéon), une réussite du genre ! Vous pouvez acheter le DVD et le CD ici, entre autres : Amazon |
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Jerome MOROSS, compositeur |
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| Western |  |  |
Jaquette du CD |
LES GRAND ESPACES/The big country, musique de Jerome Moross, bande originale du film de William Wyler, 1958, avec Gregory Peck et Julie Maragon. Silva Screen Records Ldt. CD.
Voila une musique qui ne manque pas de souffle épique, le dépaysement est garanti à son audition ! Jerome Moross (1913-1983) a retranscrit des thèmes simples de musique traditionnelle des pays du sud des États-Unis comme l'avait fait avant lui Max Steiner pour la musique du film « Autant en emporte le vent ». Les orchestrations sont tout à fait remarquables et c'est là le grand mérite du compositeur : avoir su adapter pour le cinéma le patrimoine culturel d'une région en le valorisant par une orchestration symphonique riche et inventive. Les doubles-croches des violons comme entrée en matière, quelle superbe idée ! Les bons arrangeurs ont une connaissance parfaite des possibilités de chaque instrument et savent en tirer le meilleur parti . Ces violons à la rythmique rigoureuse et énergique annoncent le thème leitmotiv du principal acteur du film : les grands espaces. Quant aux instruments à vent, ils ont « du pain sur la planche » pour maintenir le tempo et donner le change aux cordes enthousisates ; l'accompagnement des vents résonne comme un écho, démonstration de la maîtrise de l'art de Jerome Moross, créer une rythmique bien marquée sans l'apport des instruments à percussion hormis les incontournables timbales. |
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| Du très grand art |  |  |
Montage FX |
Quand on pense que certaines personnes de la profession cinématographique méprisent le travail effectué par un arrangeur, à supposer même qu'ils (re)connaissent son existence... Jerome Moross a beaucoup travaillé pour le cinéma, pas principalement en tant que mélodiste ou compositeur mais en obscur arrangeur, un travailleur de l'ombre en quelque sorte ce qui est tout à son honneur. Sa connaissance de la musique folk américaine, sa passion du western, ses collaborations avec, entre autres et excusez du peu, Aaron Copland, Georges Gershwin, Franz Waxman, David Raskin et son grand copain Bernard Hermann (à qui l'on doit les musiques des films de Hitchcock) le place dans le peloton de tête des musiciens qui ont beaucoup apporté aux grandes Major Companies, notamment pendant la grande dépression des années 30. Il composera également une très belle symphonie pour piano et cordes en 1944. Un fait certain : sa musique pour « Les grands espaces » restera définitivement un modèle unique dans le genre. À noter que le film lui-même est excellent (voir ci-dessous). À redécouvrir d'urgence. Voici donc un nouvel enregistrement très brillant exécuté à partir des partitions d'époque par The Philharmonia Orchestra de Londres, direction Tony Bremner (merci, MM. Les Anglais, d'honorer la musique symphonique pour films aussi brillamment !). Un double dièse de récompense pour la qualité de l'enregistrement, la profondeur de son de l'orchestre dans les passages rapides qui nécessitent une grande dextérité et dans ceux qui reprennent le magnifique thème principal d'une très grande beauté mais un tout petit bémol sur les parties dansées : les violons anglais trop classiques ne sont pas très à l'aise dans le style américain balancé très film music. Circonstance atténuante : il leur manque la projection du film au moment de la prise de son ; basé sur le défilement des images, l'interprétation redeviendrait alors conforme à l'original (cet enregistrement est dénichable sur disque microssillon Hallmark records - Londres et l'interprétation est magistrale !). Vous pouvez acheter le nouvel enregistrement du cd « The big country » et écouter gratuitement des extraits ici (par exemple) : Amazon |
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LES GRANDS ESPACES/The big country, un film de William Wyler (1958) avec Gregory Peck, Jean Simmons, Carroll Baker, Charlton Heston, Burl Ives, Charles Bickford, Chuck Connors, Alfonso Bedoya. D'après la nouvelle de David Hamilton. Musique de Jerome Moross. Un film MGM
Grand, tout est grand dans ce film. De magnifiques paysages, de grands acteurs, un excellent doublage en français, un grand réalisateur, de grands sentiments, une grande musique. Cette histoire d'amour, de haine, de tensions extraordinaires et d'amitiés fortes ne peut pas rendre insensible le cinéphile averti que vous êtes. Et si vous aimez le cinéma mais que vous restez réfractaire au western parce que vous trouvez le genre répétitif, ennuyeux ou simplement ringard alors regardez et écoutez « Les grands espaces », vous serez conquis. Il est impossible d'apprécier les films de manière générale sans tomber sous le charme et la véracité de ce film exceptionnel. « Les grands espaces » reste un chef d'oeuvre du 7e art. La musique de Jerome Moross s'immisce dans les mémoires aussi durablement que les longues chevauchées du film, pourtant cette musique de film reste assez méconnue. Le thème est construit sur les notes des accords parfaits qui l'accompagnent ce qui la rend rapidement identifiable : pas de doute, nous sommes au far-west. L'arrangement est très subtil, d'une grande richesse harmonique. Quant au choix de l'instrumentation reposant sur des violons fous, des cordes excitées, des flûtes traversières et piccolos cristallines, des cors piqués et des timbales déjantées sur les rythmes saccadés des vents, des caisses-claires, les clarinettes, les trompettes, trombones déchaînés, bref, l'auditeur réalise qu'il s'agit bien d'une prouesse technique et musicale liée à l'inventivité du très expérimenté Jerome Moross. Compositeur catalogué « musicien du petit écran », il n'aura malheureusement pas beaucoup composé pour le cinéma. Mais quand il le fit, ce fut d'un coup de maître. Alors ne boudez plus votre plaisir et repartez pour les grands espaces. Vous ne pourrez pas le regretter. Alix adore ce film aussi Exceptionnel que sa musique. Sol mi sol do ré do ré mi do... |
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| Aventures |  |  |
Photo fleur : FX |
LES AVENTURIERS DU FLEUVE/The adventures of Huckleberry Finn, un film de Michael Curtiz (1960) avec Eddie Hodges, Archie Moore, Patty McCormack, Neville Brand, Mickey Shaughnessy, Judy Canova, Buster Keaton, Andy Devine, Finlay Currie et Sterling Holloway. D'après l'oeuvre de Mark Twain. Musique de Jerome Moross. Un film distribué par la Metro Goldwin Mayer (non édité en dvd zone 2 Europe)
THE ADVENTURES OF HUCKLEBERRY FINN, un cd de Golden Age Classics (Turner classic movies), musique de Jerome Moross (film de Curtiz), chansons (brèves) composées par Burton Lane, lyrics de Alan J. Lerner. Édité à 3 000 copies.
Si vous avez aimé la musique de Jerome Moross pour le film « Les grands espaces » alors vous trouverez dans « Les aventuriers du fleuve » un prolongement de son travail tout à fait remarquable. Toujours très bien positionné pour trouver le bon thème au bon moment et pour fournir un arrangement original que l'on entendra pas chez quelqu'un d'autre, la recherche polyphonique et contrapuntique du musicien permet une nouvelle fois d'exprimer la légèreté, la spontanéité et l'enthousiasme dans une orchestration symphonique d'une richesse extraordinaire : paradoxalement peu porté sur l'utilisation excessive des accords de septième, ce sont les choix des timbres instrumentaux, des rythmes issus de la musique folk et les contretemps jazzy superbes qui collent parfaitement bien aux personnages de Mark Twain. Créés dans les années 1880 sur une base autobiographique, les aventures des jeunes Tom Sawyer et Huckelberry Finn son comparse sauront faire rire et pleurer des générations d'enfants et d'adultes. Au fil du temps, l'oeuvre aura gagné en importance sur le plan historique et littéraire car il s'agit de témoignages rares d'une époque révolue : les moeurs, les expressions, les comportements des uns et des autres relatent une vie typique d'une petite communauté vivant le long du majestueux et capricieux Mississippi. L'originalité et la fluidité du récit de Mark Twain ont engendrés celles de la musique de Jerome Moross et du réalisateur Michael Curtiz au crépuscule de sa carrière. Ses preuves, ils les avaient déjà faites depuis longtemps avec une autre adaptation fameuse « Les aventures de Robin des bois » (Errol Flynn, Olivia de Havilland en 1938) et le légendaire « Casablanca » (Humphrey Bogart et Ingrid Bergman en 1943) deux chefs-d'oeuvre pour lesquels le compositeur Max Steiner (voir ici) se sera lui aussi surpassé. Le point commun de tous ces talents : la lumière. Et comme chacun le sait, c'est la clé de la réussite artistique. |
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La musique de Jerome Moross est lumineuse : les mouvements ascendants puis descendants des gammes et arpèges des violons et de la clarinette rappellent l'avancée lente et imposante du bateau à aube (le Mississippi n'est pas profond, il faut un bateau à fond plat pour s'y déplacer). Quand vous aurez entendu le thème simple reprenant le nom d'Huckleberry Finn chanté simplement par Archie Moore (voir photo ci-dessous) alors vous ne l'oublierez jamais plus. À noter au passage que l'on doit à Alan J. Lerner les paroles des grandes comédies musicales américaines. C'est ça l'effet magique d'une mélodie, d'une orchestration et de paroles associées à la note près. Autre source de rayonnement, la lumière du fleuve : elle est radieuse, les ombres et le contre-jour de certaines scènes extérieures ressortent magnifiquement grâce à la photographie pleine de subtilité et d'effets très recherchés, une spécialité du réalisateur éclairé Michael Curtiz. Les décors évoquant les berges du fleuve sont également sophistiqués. Nous sommes pourtant éloignés de « L'île fantastique », la série télévisée de 1978 avec Ricardo Montalban et Hervé Villechaize dans laquelle le jeune héros du film Eddie Hodges aura joué dans l'épisode 12. Enfant vedette présent sur les planches de Broadway dès 1957 dans la comédie musicale The music man et sur l'écran en 1959 dans la comédie « Un trou dans la lête » (il chantera en duo avec Franck Sinatra) puis chanteur de variété dont les arrangements de ses tubes seront signés Jack Nietzsche (voir ici) jusqu'à son entrée à l'université, guitare basse occasionnelle mais très efficace dans le groupe rock The Sandstorms dans les années 60, Eddie ne poursuivra pas dans le milieu difficile du cinéma. Retiré des lumières des studios, il travaillera dans le milieu de la psychiatrie pour faire la lumière sur plusieurs problèmes inconnus qu'il saura résoudre avec un grand professionnalisme (plusieurs ouvrages portent son nom) ; devenu retraité il prépare activement un livre de ses mémoires, il est vrai que son parcours, pour être moins mouvementé que celui d'Huckelberry Finn, reste néanmoins passionnant.
Les aventures de Tom Sawyer et d'Huckelberry Finn serviront de thème à de nombreux films et séries télévisées : Richard Thorpe en 1939 utilisera la fougue de Mickey Rooney (musique de Franz Waxman), Peter H. Hunt en 1985 en sortira un téléfilm bien fade et Stephen Sommers pour Walt Disney pictures en 1998 mettra en avant la bonhomie d'Elijah Wood (musique de Bill Conti) ; les français ne seront pas en reste avec une version de Wolfgang Liebeneiner en 1968, la gouaille et la sympathique voix zozotante de Roland Demongeot (Tom) et le malin Marc Di Napoli (Huck) y feront merveille (musique de Vladimir Cosma sur un thème au bandjo qui lancera définitivement sa carrière de compositeur de musiques de films, voir ici pour en savoir + et écouter la musique du feuilleton).
Pour retrouver les photos du film « Les aventuriers du fleuve » et lire l'article sur Eddie Hodges, cliquez ici (infos Classic Movies Kids, en anglais). |
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| Un document rare : dernière répétition avant la séance d'enregistrement |  |
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| Photo de gauche : Archie Moore (debout à droite) enregistre une démo, la chanson « Huckleburry Finn » - voir partition retranscrite ci-dessous - sous le regard du jeune Eddie Hodges (debout à ses côtés) sur les conseils avisés du compositeur Jerome Moross (de dos avec ses lunettes) et de l'arrangeur Robert Franklin (au piano). Charles Wolcott, superviseur de la musique, un poste de travail spécifique à l'organisation à l'américaine, est absent de la photo. Le réalisateur et le compositeur choisiront parmi plusieurs enregistrements effectués par des chanteurs différents mais l'interprétation d'Archie Moore aura leur préférence pour sa fraîcheur et sa spontanéité, l'acteur n'étant pas chanteur professionnel. Cet enregistrement avec le piano pour seul accompagnement sert à conforter leur choix : la mélodie sera l'unique chanson du film et vu son importance, elle sera placée au début de l'histoire sur un accompagnement au banjo solo. La mélodie sera reprise plus longuement lors de la scène du radeau dans un arrangement symphonique fortement imprimé de la griffe Jerome Moross. On peut entendre ces enregistrements dans le cd du film. Photo de droite : un moment de détente entre deux prises (Archie Moore et Eddie Hodges). Le magnétophone, même s'il date pas mal, ne date tout de même pas de l'époque d'Huckleberry Finn... Photos prises le vendredi 25 septembre 1959.
Autres musiques de Jerome Moross sur un cd partagé avec Elmer Bernstein, voir ici |
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Les aventuriers du fleuve - transcription FX |
Les aventuriers du fleuve, thème principal et chanson du film : analyse
Jerome Moross a conçu un thème simple et très efficace permettant de mettre en valeur les paroles d'Alan J. Lerner, le parolier des plus grandes comédies musicales américaines : le nom Huckleberry Finn forme cinq cyllabes d'où la présence de cinq notes mesures 2 (on ne compte pas l'anacrouse) reproduites mesure 8 (la dernière mesure). On note que le nom du héros du film étant la chose la plus importante à mettre en valeur dans la chanson, le compositeur utilise sans complexe la note tonique (tonalité de RéM comme en témoigne les mains du pianiste sur la photo ci-dessus) : répétée quatre fois comme on prononce le nom de façon monotone, on ne peut pas musicalement être plus clair !
Le souci de la perfection mélodique justifie également le Mi dièse des mesures 2, 4 et 5 afin de rendre bien fluide la mélodie douce et sans violence (pas de grands écarts, les notes forment un mouvement conjoint, seules les tierces et les quartes permettent d'y échapper un peu).
Comme d'habitude, les notes de la mélodie sont extraites des notes principales des accords dont elle sont rattachées : mesure 1 par exemple, l'accord est celui de la tonalité soit Ré Majeur, les notes de l'accord sont donc Ré, Fa dièse (à la clé) et La. Que trouve t-on dans la mélodie ? Sur les onze notes des deux premières mesures, dix appartiennent à l'accord : qui dit mieux ?
L'arrangement pour orgue ou synthé présenté ici respecte scrupuleusement la musique originale entendue dans le film : c'est maintenant à vous de jouer ! Tempo lent (noire = 80, environ). N'hésitez pas à interpréter librement (ad libitum) cette composition en respectant le phrasé indiqué (les grandes liaisons au-dessus de la première portée) ; les notes tenues de l'accompagnement suivent l'avancée tranquille de la mélodie.
À noter le bécarre de précaution mesure 4 devant le Ré du premier temps qui redevient naturel (plus qu'une précaution, c'est une nécessité). Le piano joue seul les deux dernières mesures avant la reprise ; ce court fragment sert également d'introduction au refrain et peut tout aussi bien être joué en introduction.
À noter que les dernières mesures de cette musique dans leur arrangement original sont jumelles aux dernières mesures de la chanson de Michel Legrand A place in Paris du film Le temps d'aimer en 1971. Une rencontre fortuite et involontaire de talents fous. |
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| Miklos ROZSA, compositeur |
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| Aventures |  |
|  | MOONFLEET, musique de Miklos Rozsa, bande originale du film de Fritz Lang 'Les contrebandiers de Moonfleet', 1955, avec Stewart Granger. Turner Entertainment Co. CD.
Miklos Rozsa est né dans les environs de Budapest en 1907 (Los Angeles, 1995). Enfant prodige, il est premier violon dans un orchestre mais déjà se sent attiré vers la composition : il a dix ans, comme le héros du film pour lequel il écrira cette superbe partition. Sa rencontre avec Arthur Honegger à Paris fixera définitivement l'orientation de sa vie musicale. En Angleterre puis à Hollywood, il deviendra, avec un autre pilier de la M.G.M. Bronislaw Kaper, Le compositeur attitré des plus grands réalisateurs de l'époque. Miklos Rozsa composera aussi de la musique classique, qui reflètera là aussi son style dramatique, pessimiste voire sombre mais qui ne manque pas de lyrisme, d'allure et de panache. À ce titre, la musique du film « Les contrebandiers de Moonfleet » est révélatrice de son tempérament artistique bouillonnant et tourmenté : ce musicien dans l'âme sera surnommé « Le grand tzigane wagnérien d'Hollywood ». Le thème de la musique de ce film (oeuvre à petit budget malheureusement mais peu importe c'est une réussite) ressemble à celui d'un traditionnel écossais et l'orchestration est plus que brillante dans la tonalité mineure (mode mineur ancien, sans note sensible) ; l'alternance des cuivres et des cordes est remarquable, les mouvements de gammes enchaînées par les flûtes traversières et les piccolos vous donnent à jamais la chair de poule : un film à l'atmosphère particulière et en tout cas une musique envoûtante, incontournable ! Achat du disque compact possible à cette adresse : Amazon. |
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| Épopée historique |
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BEN-HUR, un film de William Wyler (1955) avec Charlton Heston, Jack Hawkins, Haya Hararett, Stephen Boyd, Hugh Griffith, Martha Scott, Cathy O'Donnell, Sam Jaffe. Musique de Miklos Rozsa.Un dvd Warner Bros.
« Colossal », « Géant », « Énorme », « Époustouflant », voici un exemple de ce que furent les mots des spectateurs à la sortie des salles à l’issue des premières projections de « Ben-Hur ». Petite description de l’ambiance générale dans la salle : la projection débute par l’apparition d’un panneau indiquant « Ouverture », une introduction sonore imposante de Miklos Rozsa qui dévoile pendant cinq minutes les thèmes du film et la couleur de la symphonie : il n’y a rien à voir et tout à écouter, quel plaisir ! Cette « mise en oreille » était une bien fameuse habitude jusqu’aux années70 en imposant le principe développé pour les génériques de téléfilms : le conditionnement du spectateur. Au milieu du film suivait l’entracte pour une reprise en fanfare avec « L’intermission », de nouvelles minutes de bonheur symphonique pour se replonger en Judée ou dans les intrigues de Rome… La musique de Miklos Rozsa est plus que convaincante, elle séduit tout à chacun pendant les 3 heures 45 de l’épopée historique revisitée par Hollywood. Le ton dramatique et solennel de ses musiques trouve une résonance naturelle dans l’époque traversée, d’ailleurs, personne ne connaît vraiment les musiques qui étaient jouées par les romains. On peut supposer qu’il s’agissait d’une gamme monodique (une simple mélodie sans harmonisation) constituée d’un tétracorde (utilisation d’une gamme constituée de quatre notes seulement) jouée par la flûte en bois à double anche, la lyre, la cithare et l’orgue pour les cérémonies ou les fêtes (idéales pour les fameuses orgies romaines qui accompagneront le déclin de l’Empire), la trompette et la tuba (et non le tuba moderne) pratiquées pour les plus grandes occasions (le retour des soldats, l’entrée des gladiateurs dans l’arène…). « Ben-Hur » possède un scénario idéal pour le jeu excellent de Charlton Heston, impeccable dans son rôle de justicier, de révolté et d’insoumis ; il reprendra de manière récurrente ses caractéristiques psychologiques dans le célèbre « Soleil vert ». Parmi ces tous ces éléments de bonheur, comment ne pas donner au compositeur du film le plus « oscarisé » une place de choix dans la liste des 100 plus belles musiques de films (en préparation) ? |
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@ Charles Phillips - Fotolia.com | | |
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Elmer BERNSTEIN, compositeur |
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| Western |  |  |
Photo @Photodisc Collection/Getty Image |
TRUE GRIT, compilation des musique d'Elmer Bernstein, bande originale de westerns avec John Wayne « Cent dollars pour un shériff », « Les commancheros », « Big Jake », « Les cordes de la potence », « Le dernier des géants». Réenregistrements par The Utah Symphony Orchestra, orchestrations fidèles aux versions originales, direction, Elmer Bernstein, 1985-1986. Varèse Sarabande Records. CD.
Elmer Bernstein est né à New-York en 1922 (décédé en 2003). Études du piano classique et carrière de concertiste débutée en 1939, interrompue par la seconde guerre mondiale : il travaille dès lors dans plusieurs radios et se fait déjà remarquer pour ses arrangements dans un big band dirigé par un certain... Glenn Miller. Réclamé par le vice-président de la Columbia en 1950, il compose entièrement la musique du film Saturday's hero : sa nouvelle carrière en lancée. En 1955, il sera le premier à insérer une formation de jazz au sein d'un grand orchestre. Oscar en 1967 avec André Prévin, il compose pour la télévision et crée une revue à Broadway. Il présidera également la Fondation des Jeunes Musiciens de Los Angeles puis, en 1969, sera nommé Président du Syndicat des Compositeurs et Paroliers des États-Unis (en quelque sorte l'équivalent de notre SACEM).
Pour en savoir +, lisez la page spéciale du site Mélodies Modernes Hommage à Elmer Bernstein et visitez son site officiel accessible à la fin de l'article en question. Sachez que le C.D. « True Grit » vous permettra d'entendre quelques unes des plus belles musiques de films de western jamais composées par un compositeur au style très fin et sensible. Vous pouvez acheter ce disque ici, entre autres : Fnac
True grit (Cent dollars pour un shérif), film d'Henry Hathaway (1969) avec John Wayne, Kim Darby, Glen Campbell et Robert Duvall. Un film de référence qui vaudra un Oscar au Duke. Kim Darby est sensationnelle dans son rôle bien cadré par le réalisateur et sa voix française démontre une nouvelle fois l'excellence des doubleurs nationaux. Merci à tous et à toutes pour cette superbe réalisation artistique ! Pour en savoir + cliquez ici
Une nouvelle version des frères Cohen sortira à la fin de l’année (2010) avec Jeff Bridges, le très expressif (!) acteur Matt Damon et une jeune actrice inconnue Hailee Steinfeld… La musique est signée Carter Burwell. On en reparlera mais on peut se permettre d’être inquiet : comment faire mieux qu’un chef d’œuvre et comment éviter la comparaison surtout si elle ne tourne pas à son avantage ? |
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Georges DELERUE, compositeur |
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| Comédie |  |
Jaquette du CD |  |
MAN TROUBLE, musique de Georges Delerue, bande originale du film de Bob Rafelson, 1992, avec Jack Nicholson et Elen Barkin. Twentieth Century Fox. CD.
Georges Delerue était un passionné de musique. Né en 1925 à Roubaix (Burbank, Los Angeles, 1992), autodidacte dans un premier temps, son professeur fut ensuite Darius Milhaud. L'O.R.T.F. le nomma en 1952 compositeur et chef d'orchestre. Pour avoir fait partie de la « Nouvelle Vague » du cinéma français, il travailla avec Truffaut, Resnais, Godard, Philippe de Broca... Il fut également un musicien d'images pour des spectacles Sons et Lumières et écrivit pour des musiques de ballets et de scène ce qui lui valut en 1967 à New York l'Emmy Award : sa carrière outre-Atlantique sera une vraie réussite. Doté d'un sens inné de la mélodie, représentatif d'une musique expressive et sentimentale « à la française », Georges Delerue, populaire car très apprécié du public pour son style musical personnel et professionnel, en étonnera toujours plus d'un. Ses musiques illustreront les meilleurs films et d'autres réalisations au succès plus confidentiel mais peu importe car tous possèdent la griffe du maître. Les comédies par exemple avec « La gifle » de Claude Pinoteau (1974) avec des acteurs devenus légendaires (Lino Ventura, Isabelle Adjani, Francis Perrin et Annie Girardot) ou « Un homme amoureux » en 1987 avec Peter Coyote, un film de Diane Kurys (et très Kurys dans le style), des films d'aventures dont le légendaire « L'homme de Rio » avec notre ami Bébel et la très regrettée Françoise Dorléac en 1964 (voir photo ci-dessous), les films de guerre comme « Platoon » d'Oliver Stone en 1986, un réalisateur qui aura le même comportement méprisant vis à vis de Georges Delerue que son collègue Stanley Kubrick pour le travail d'Alex North dans « 2001 L'odysée de l'espace » : ces deux réalisateurs passeront commande aux compositeurs d'un travail titanesque pour choisir d'utiliser in fine de la musique classique... Belle mentalité ! Heureusement, le formidable « Man trouble », une comédie aussi déjantée que peut l'être son comédien principal Jack Nicholson, sera dirigé par un réalisateur sérieux et exigeant. Avant de statuer sur les choix musicaux retenus pour son fillm et pour s'assurer que George Delerue était bien le compositeur de la situation, le réalisateur le questionna lors de l'entretien d'embauche : « Pouvez-vous me composer une musique légère destinée à une comédie mais qui en même temps restituera l'atmosphère tendue et dramatique du film ? ». Le réalisateur Bob Rafelson questionna avec détermination le compositeur et tous deux évoquèrent Milhaud, Satie, Poulenc... Mais Delerue sourit et répondit en grand professionnel : « Je ne peux pas décrire encore ce que j'écrirai mais je pense que je peux faire mieux que cela ». Effectivement, sa musique est exceptionnelle de simplicité, de beauté et de grâce tout comme l'était le père de ces musiques exceptionnelles ; Georges Delerue était un être terriblement touchant et attachant. Nous tous comme Alix soyons émus à l'écoute du thème de « Man trouble », un piano avec orchestre à cordes romantiques à souhait. Ce fut sa dernière oeuvre (il ne vit jamais le montage final), un testament pour l'éternité. Cette musique pourrait devenir l'hymne mondial de la sérénité. Le film, une comédie rafraîchissante rondement menée mérite toute votre attention et vous pouvez acheter ce disque ici , par exemple: Alapage. À noter que les musiques de Georges Delerue attirent de plus en plus d'interprètes classiques en manque de mélodies originales, par exemple la pianiste Yoko Sawai qui vient de sortir un album de reprise des plus beaux thèmes du compositeur arrangés pour piano, flûte et violoncelle. Un trio qui aura curieusement oublié la musique de « Man trouble ». Bizarre, vous avez dit bizarre ? |
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Man trouble - transcription FX |
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Man trouble, thème principal du film : analyse
Georges Delerue a composé cette mélodie (extrait ci-contre) avec un talent fou en concevant lui-même l'harmonisation d'après les souhaits du réalisateur Bob Rafelson. Puisque ce dernier envisageait une musique française à la fois évanescente et émotive, il parla à Delerue de la Bande des six et de l'école française de musique moderne représentée entre autres par Milhaud, Honegger et Poulenc mais surtout par Éric Satie pour son humour légendaire : le film est bien une comédie légère alors pourquoi pas ? Georges Delerue comblera les espoirs du réalisateur et contentera le spectateur au-delà de toutes les espérances : plutôt que de reproduire bêtement et facilement une musique existante du début du XXe siècle, il en utilisera les codes, le style, les couleurs et la forme pour créer une adaptation cinématographique d'une très rare et très grande beauté. Par la construction de la mélodie en fragments de notes conjointes, grâce aux notes tenues des accords joués par un orchestre à cordes (ici présentées dans la version pour orgue ou synthé), par l'interprétation très libre de ce formidable morceau, le compositeur frappera fort.
Une autre version entendue dans le film et sur le c.d. permet de démarrer la partie de basse différemment : première mesure, prolongez la note Mib (le bémol est à la clé, attention, n'oubliez pas de respecter l'armure ou armature composée de trois bémols, nous sommes en Mi bémol Majeur) pendant deux temps, répétez cette note tonique le troisième temps et descendez sur le Ré qui s'enchaînera immédiatement mesure 2 sur le Do. Une autre version permet également d'entendre un contre-chant dans le suraigu des violons, tout comme le hautbois, le basson, la clarinette, le saxophone alto ou encore les pizzicatis des cordes dans les pièces plus rythmées.
La particularité de cette mélodie magique se trouve mesures 5 et 6 : la quinte juste formée par le Si bémol à partir du Mi bémol monte d'un ton pour devenir sixte ; afin de bien faire ressortir ce mouvement aussi simple qu'extraordinaire, le compositeur a doublé ce passage de la quinte vers la sixte en l'écrivant sur deux octaves (mains droite et gauche du clavier, violoncelles et altos dans la version orchestrale). Le procédé de la mesure 5 est renouvelé mesure suivante (la 6) mais pas une troisième fois (mesure 7) où le thème et les accords changent : il ne s'agit donc pas d'une marche harmonique car le schéma de départ (mesure 5) n'est reproduit qu'une seule fois (une marche harmonique se crée sur trois mesures au moins). Une écriture peu conventionnelle comme celle-ci ne peut être que signée Georges Delerue. L'idée musicale, le compositeur doué et inspiré saura toujours la trouver. Puisque c'est chose faite présentement, c'est nous qui ne l'oublierons jamais.
Non indiqué sur la partition, le phrasé qui dure une mesure ou deux mesures au choix mais de façon systématique. |
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Françoise Dorléac et Jean-Paul Belmondo dans ''L'homme de Rio''. Musique de Georges Delerue | | |
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